[Projo-récap] PROFANATION

Le 8 avril prochain sort en salles PROFANATION, second volet du diptyque danois Les Enquêtes du Département V. Profanation fait suite à MISÉRICORDE, qui bénéficie d’une sortie d’un nouveau genre : le film sera disponible le 27 mars en vidéo à la demande (VOD), dans le cadre du modèle de « e-Cinéma » mis en place l’année dernière par Wild Bunch. Pas de panique, on vous explique tout.


C’EST QUOI, LE e-CINÉMA ?


L’expérience de « e-Cinéma » a été lancée par la société de distribution de films de cinéma Wild Bunch l’année dernière, à l’occasion de la sortie de Welcome to New York – le dernier film de Abel Ferrara qui retrace l’arrestation et le procès d’un certain « Mr. Devereaux », qui n’est autre que Dominique Strauss-Kahn campé à l’écran par Gérard Depardieu. Le film était alors disponible sur les plateformes de VOD le jour de sa sortie, pour le prix d’un ticket de cinéma. Un procédé novateur, qui permet à un nouveau film d’être visible directement de chez soi, de quoi ravir des spectateurs de la France entière souvent déçus de passer à côté de certains films qui ne sont malheureusement pas diffusés dans leur cinéma de quartier.

Welcome to New York, de Abel Ferrara (sorti le 17 mai 2014)

C’est en partant de ce constat que Wild Bunch a misé sur le e-Cinéma, qui permet également d’offrir une sortie française à des films étrangers que l’on décide souvent de ne pas exploiter en salles, au risque de ne pas obtenir une fréquentation suffisante. C’est le cas des Enquêtes du Département V, dont le premier volet bénéficie, grâce à ce nouveau procédé, d’une sortie en France en VOD. Deux enquêtes différentes pour deux longs métrages signés du réalisateur Mikkel Norgaard, qui jouit d’une belle notoriété au Danemark (notamment dans la réalisation de séries, dont la comédie Klovn adaptée au cinéma en 2010). D’ailleurs, les deux films ont obtenu un très beau succès au box-office dans leur pays d’origine.


RETOUR DE PROJECTION


Nous avons donc eu la chance d’assister aux avant-premières de Miséricorde (le 27 mars en VOD) et Profanation (le 8 avril au cinéma), deux très bons films policiers qui n’ont rien à envier à la concurrence internationale (on pense tout de suite à la série US True Detective, qui s’en rapproche beaucoup en termes d’ambiance). On suit deux policiers que tout oppose, forcés à travailler ensemble sur des crimes jamais résolus, au sein du nouveau Département V… Tout en apprenant à se connaître et à faire équipe, ils vont être amenés à enquêter sur des faits mystérieux qui vont les entrainer au coeur des plus sombres affaires classées…

La projection de Profanation était suivie d’une session de questions/réponses avec Benjamin Gaessler, Responsable Communication chez Wild Side, Jérôme Rougier, en charge du marketing des films étrangers chez Wild Bunch Distribution, et Laurent Campagne, Directeur Général Adjoint de Wild Side.

Benjamin Gaessler: Face à l’encombrement des salles, et avec la volonté que les films rencontrent le plus possible leurs publics, on sort ces deux films-là ensemble, et on voulait absolument qu’ils puissent être visibles dans le laps de temps le plus rapproché possible. C’était évidemment très compliqué de se dire qu’on allait en sortir un en salles le mercredi, et l’autre en salles le mercredi suivant, pour des questions toutes simples d’exploitation et de distribution. Puis, se dire que l’on fait revenir les gens d’une semaine sur l’autre, même les grandes sagas type Harry Potter ou autre n’osent pas le faire, et attendent plusieurs années entre deux films. Là, cela pouvait être une bonne idée d’amener le film chez les gens !

Questions/réponses avec les spectateurs présents à la projection :

Pourquoi avoir choisi de passer le second film au cinéma et le premier en VOD, et pas le contraire ?

Laurent Campagne: On a eu cette discussion en interne, et on s’est finalement rangés derrière la logique de les sortir dans cet ordre-là. En mai de l’année dernière, on a sorti Welcome to New York au moment du Festival de Cannes, et ce film restera à jamais le premier film qui est sorti en e-Cinéma en France. « e-Cinéma », c’est un nom que l’on donne à ce type de sortie, et WTNY restera le premier film qui a eu une telle exposition pour une sortie uniquement sur les plateformes de VOD. Donc la chronologie telle qu’on nous l’explique aujourd’hui – d’abord une sortie cinéma puis une sortie vidéo – correspond à une chronologie établie, c’est-à-dire que la primeur va d’abord à la salle. Les autres médias arrivent ensuite, avec en premiers la vidéo et la VOD. Le but de sortir des films de la manière dont on va sortir Miséricorde, c’est de proposer une alternative à cette chronologie. Pour nous, il n’y a pas de critère de qualité dans l’ordre et la manière de sortie : les deux films [des Enquêtes…] méritent d’être vus au cinéma. Si l’on a décidé de sortir l’un en e-Cinéma et l’autre au cinéma, c’est pour montrer qu’aujourd’hui le cinéma peut avoir sa place soit dans le réseau qu’on lui connait, soit directement chez vous. Il n’y a donc pas de chronologie en tant que telle : on sort d’abord les deux films dans deux circuits de distribution qui selon nous peuvent aujourd’hui coexister. À Paris, tout le monde est satisfait car cela prend 10 minutes pour aller voir un film au cinéma. Hors de Paris, ce n’est pas du tout la même histoire… Ces deux films-là, vous les auriez eu en salles en Province peut-être deux, trois semaines après leur sortie à Paris et encore, c’est selon la région dans laquelle vous habitez. C’est notre métier de distribuer des films, et donc de les proposer au plus grand nombre.

Combien de temps les films resteront-ils disponibles sur les plateformes de téléchargement ?

Benjamin Gaessler: Avant tout un point sémantique : ce n’est pas obligatoirement du « téléchargement ». En France, la VOD se consomme aujourd’hui majoritairement via les boxs, donc on n’a pas la sensation de télécharger quoique ce soit. On appuie deux fois sur le bouton OK de sa télécommande et c’est bon – on n’a presque l’impression de n’avoir rien payé, ce qui en passant est une très bonne idée ! C’est comme si vous regardiez la télévision, ou que vous choisissiez un film dans un vidéoclub. C’est aussi simple et facile. Nous avons pour l’instant choisi de proposer les films en e-Cinéma pendant 6 semaines, ce qui nous apparait comme une durée optimale de disponibilité nationale. Comme je le disais tout à l’heure en introduction, l’attrait du e-Cinéma réside dans son accessibilité, et on sait qu’aujourd’hui plus de 80% des foyers sont couverts par les services de vidéo à la demande. On pense donc qu’en 6 semaines de disponibilité, plus de 80% du public pourra potentiellement profiter du film.

Pour vous, un succès se traduirait par combien de « vues » ?

Laurent Campagne: C’est compliqué, cela dépend de beaucoup de choses. Ça a tout de suite trait à un point économique. Pour nous, le succès c’est d’arriver à créer un rendez-vous. Aujourd’hui on aura du mal à pouvoir créer ce rendez-vous tout seuls, car cela voudrait dire dans l’idéal qu’il faudrait qu’on sorte un film en e-Cinéma toutes les semaines, don 52 par an, ce qui est financièrement impossible… On souhaite donc que d’autres que nous se mettent aussi à proposer au public français ce type de sortie. Dans ce cas précis, un « succès » est difficile à quantifier. On a plusieurs combats à mener : par exemple, notre attaché de presse se bat au quotidien pour faire chroniquer Miséricorde dans les rubriques cinéma… Comme il ne sort pas en salles, qu’il n’a pas la « noblesse » d’une sortie salles, on nous dit que ce film là n’a pas sa place dans une critique cinéma. Donc déjà, quand on aura changé cette façon de voir les choses, je pense qu’on pourra parler de « succès ». La route est longue ! Néanmoins, cela passe par ce type d’évènements [la projection bloggeurs]. On a besoin de vous pour véhiculer le fait que ce sont des films de cinéma, et qu’il n’y a aucune raison de les critiquer dans une autre rubrique. Alors effectivement, c’est le moyen par lequel on le propose qui est, de fait, ramené à la VOD. On y est pour rien, c’est comme ça.

Jérôme Rougier: Ce sont néanmoins de vrais films de cinéma, qui dans leur pays d’origine sont sortis en salles. Dans le cas de Miséricorde, c’est le deuxième plus gros succès de l’année 2013 au Danemark, juste derrière le Hobbit ! Le film n’a rien à envier à des polars français, italiens ou espagnols. Peut être qu’effectivement, comparé à des polars américains, qui ont des budgets beaucoup plus importants, et en règle générale plus de moyens… il y a moins d’explosions, ce genre de choses. Mais en terme de qualité pure, d’écriture, de dialogues, de développement des personnages, c’est aussi bien, voire même mieux que beaucoup de polars réalisés dans d’autres pays.

LC: Il va y avoir une autre étape : après Welcome to New York et Miséricorde, d’autres films suivront. Avec Jérôme, on a la particularité d’acheter des films. Cette tâche nous est confiée. Lui, principalement pour le cinéma, et moi pour le e-Cinéma. On va donc devoir s’attacher à proposer une qualité constante. Les films seront certes tous différents, puisque l’on ne va pas s’enfermer dans un genre, et on peut rencontrer tout un tas de publics à travers ces films. Il n’y aura pas que des polars ! On va s’attacher à proposer une qualité récurrente sur les films que l’on sortira.

Pour la suite, êtes-vous dans une expectative financière, ou avez-vous déjà un planning de prévu ?

LC: Si la question est : « Va t-on acheter le prochain film avec les recettes de Miséricorde…? » (rires) C’est compliqué de faire ça ! On a annoncé cette semaine un line-up [calendrier de sorties] qui va nous amener au moins jusqu’a la fin de l’année, voire début 2016.

BG: On a pour l’instant 6 films, Miséricorde inclus, et on peut vous les citer, ce qui va nous servir à étayer notre propos. Miséricorde, dans le diptyque avec Profanation, c’est un évènement un peu particulier qui tient aussi au fait que l’on voulait sortir le diptyque d’un coup. Le prochain film sera complètement différent. On parlait justement de distribuer tous les genres, et on ne s’en est interdit aucun. Le prochain sera donc What We Do in the Shadows, un « documenteur » qui est aux films de vampires un équivalent de C’est arrivé près de chez vous, ou de Spinal Tap : l’histoire d’une équipe documentaire reçue par des vampires, de nos jours. Quand on a 1 500 ans et qu’on est vampire, comment vit-on aujourd’hui ? C’est un film néo-zélandais, par le duo de réalisateurs qui a créé Flight of the Conchords. On a choisi un principe, c’est d’essayer au maximum de faire de ces sorties des évènements. C’est le cas des Enquêtes du Département V. Pour What We Do in the Shadows, compte tenu de la qualité du film qui est passé dans beaucoup de festivals, on voulait qu’il soit encore une fois accessible au plus grand nombre, avec une adaptation française. Parce que les bonnes comédies en néo-zélandais sous-titré français, c’est très bien, mais en français, c’est peut-être encore mieux ! On a donc eu cette idée un peu folle, mais qui va très bien avec le film, de choisir Nicolas et Bruno, un duo que certains d’entre vous connaissent peut-être grâce à Message à caractère informatif sur Canal+, le film La personne aux deux personnes (2007) ou encore l’adaptation française de The Office (2006). Ils sont aussi enthousiastes que nous face au film, et travaillent en ce moment sur une adaptation française aussi délirante que la VO, avec évidemment des comédiens français sur lesquels on fonde beaucoup d’espoirs. On a donc presque un double film, qui on l’espère vous sera présenté d’ici cet été. Ensuite, viendra la sortie de 99 Homes, un film de Ramin Bahrani avec en tête d’affiche Michael Shannon et Andrew Garfield, qui se déroule pendant l’après Katrina à la Nouvelle-Orléans, sur fond de crise des subprimes. Il y a aussi Un incroyable talent de David Frankel, réalisateur du Diable s’habille en Prada, sur l’histoire vraie d’un candidat de l’émission britannique Britain’s got talent, que l’on sortira à la rentrée. Enfin, Sinister 2, la suite du film d’horreur sorti en 2012. On a donc une lignée de films qui vont en appeler d’autres, puisqu’ils ont une notoriété établie, et qui vont nous aider à continuer à valoriser de vrais films de cinéma. Dernière chose : il y aura aussi The Green Inferno

LC: Petite précision cependant, on nous a demandé d’en parler le moins possible. Ce film est attendu depuis pas mal de temps en France, et s’il y a un peu de lenteur dans l’annonce de la sortie aux Etats-Unis c’est pour une raison, qui nous échappe vous et moi. Du coup, chaque communication qui se fait autour de ce film nous vaut mails et coups de téléphone… Mais nous viendrons plus tard sur le détail. Dès qu’on pourra vous en parler, on le fera !

BG: Je vous parlais d’une ambition à terme de sortir plus de films. On sait déjà que l’on a un certain nombre de longs métrages de chez Blumhouse Productions, qui suivront la sortie de Sinister 2 : Incarnate, entre autres.

Jérôme Rougier: Le troisième épisode des Enquêtes du Département V se tourne le mois prochain. Le réalisateur sera le scénariste des deux premiers, à qui l’on doit Royal Affair (2012). Le plan, pour cette société de production qui est celle de Lars von Trier, c’est de faire autant de films qu’il y aura de romans. On est donc partis pour 10 films, puisqu’il devrait y avoir en tout 10 livres des Enquêtes…

LC: Et un jour, il y aura certainement un film français ! (rires du public) Ne rigolez pas, ce sont les plus compliqués ! Ce sont ceux qu’il faut monter en dehors du système… On a plusieurs batailles à mener, et plusieurs victoires à obtenir. Le tout, c’est qu’il y ait une perception de valeur dans ce que l’on fait, à travers ce type de sortie. La valeur, c’est vous qui allez la véhiculer. Et tant qu’on vous montrera de bons films, il n’y a aucune raison de dire que les films ne sont pas bons ! La valeur économique est liée à un système établi. Quand je parlais d’un film français, je ne nourris pas aujourd’hui l’espoir qu’une chaîne de télévision s’engage en nous obligeant à faire une sortie cinéma. Mais en tout cas, les films que l’on propose ici, si un jour vous arrivez à les voir sur Canal, OCS, France Télévisions, TF1, etc., alors on aura gagné encore autre chose. Ces chaînes auront trouvé qu’au delà de la qualité intrinsèque des films, le travail que l’on a fourni sur ces sorties était suffisamment suffisant pour que le public français ait eu connaissance de ces films et ait envie de les revoir lorsqu’ils sont diffusés à la télévision. Donc les batailles économiques sont diverses et variées. Pour l’instant, on préfère la règle de trois, c’est-à-dire « on a dépensé tant », « on a acheté le film tant », etc. La différence entre une sortie e-Cinéma et une sortie cinéma traditionnelle n’est pas énorme, en terme de dépenses, puisqu’on réutilise les codes habituels de la sortie cinéma (bande-annonce, affichage, etc.). Cependant, le point important est qu’il n’y a pas de VPF [Virtual Print Fees, ou Frais de copies virtuels].

BG: Cette perception de « films de cinéma » que l’on évoque depuis tout à l’heure, cela vaut aussi pour la façon dont on les sort. Que ce soit pour la sortie en salles ou en e-Cinéma, les moyens notamment promotionnels et publicitaires mis en oeuvre sont comparables, et les ambitions également. On a la volonté que ces films rencontrent leur public, le plus large possible, et ce sera donc le cas pour toutes les sorties qui suivront. Comme le disait Laurent, on n’a pas de certitudes extrêmement chiffrées sur les attentes que l’on a en terme d’actes d’achat, et ce parce qu’on est pionniers dans ce domaine. À l’époque de WTNY, on nous posait exactement la même question : « Vous sortez le film comme cela parce qu’il est pourri et que les salles n’en ont pas voulu ? ». Et bien non : la preuve, le film a dépassé nos espérances en enregistrant 200 000 actes d’achat en quelques semaines, ce qui est énorme. On espère pouvoir continuer à avoir ce genre de résultats autant que possible !

Finalement, le but va être de vous prouver à vous-mêmes que ça va être un marché plus fructueux que le direct-to-video ?

LC: Non, le but sera de prouver au public qu’il peut avoir accès à des films différemment. La raison économique, ce serait faux de ne pas en parler mais ce serait aussi une erreur de la stigmatiser. Il n’y a pas de philanthropie dans tout ce que l’on fait. On a un métier, et c’est ce métier qui en dépend. Aujourd’hui, on pense que le cinéma aura toujours sa place, de toute façon. Quand on étudie les films que l’on souhaite acquérir, on se pose la question. Si on estime que le film peut toucher un public très large en salles, alors on le proposera en salles. Je suis d’une génération qui a découvert le cinéma en province à travers l’émergence des vidéoclubs. À mon époque, il fallait attendre un an pour voir un film en salles, quand le film arrivait dans ma ville. Ce n’est pas pour autant que je n’aime pas le cinéma aujourd’hui ! On peut reconnaitre la qualité d’un film, qu’on le regarde chez soi ou en salles. Ce sont simplement deux types d’expériences différentes. Vous préférez voir plus de nouveaux bons films chez vous, ou ne pas pouvoir avoir accès à ces nouveaux films parce que vous n’habitez pas Paris ?

Aviez-vous en tête le procédé utilisé par les séries, qui bénéficient d’ailleurs aujourd’hui de budgets de cinéma, lorsque vous avez pris la décision de sortir deux films qui se suivent à une semaine d’intervalle, comme deux épisodes d’une série ?

LC: Le côté « personnages récurrents », similaire à une série, n’est pas ce qui nous a donné l’envie de sortir les Enquêtes… de cette façon. On cherchait une suite à WTNY, et c’était compliqué car il ne fallait pas se tromper sur la prise de parole, sur la qualité, etc. Il allait donc falloir un peu de temps pour travailler sur la sortie des Enquêtes… Du coup, on s’est dit que l’on avait en face de nous deux films de cinéma, qui avaient la qualité de bénéficier d’une sortie salles. On a donc finalement choisi d’en mettre un en salles, et l’autre en e-Cinéma. À titre personnel, je pense qu’il y a une plus grosse créativité dans les séries aujourd’hui qu’il peut y en avoir au cinéma, car on a le temps à travers 52 minutes et sur plusieurs épisodes d’une même saison de développer les personnages, mais ce n’est pas le même exercice. Je trouve cela plus compliqué de raconter une bonne histoire en 2 heures… sans pour autant dire qu’une série est simple à faire. Ce sont encore une fois deux exercices différents. Mais effectivement, la qualité des séries profite aujourd’hui à tout le monde.

Pourquoi certaines sorties DTV et VOD ne sont-elles disponibles qu’en VF ? Est-ce plus cher de distribuer un film en France avec les deux versions ?

LC: Cela coûte moins cher de ne pas doubler un film. Revenons sur un principe de base : sorti de Paris, la VO n’intéresse pas grand monde… À l’époque des VHS, une vidéo ne pouvait pas avoir deux pistes audio. Donc soit on sortait le film en VF, soit en VOST. Et je peux vous assurer que le ratio entre les deux était de 7 à 10% en VOST, et tout le reste en VF. (Une voix dans le public : « Oui mais là on est en 2015… ») Alors oui on est en 2015, mais les gens parlent toujours français ! (rires). Demain, je vous mets un épisode de Mentalist en VOST à 20h30, je peux vous assurer que le standard de TF1 explose !

Propos recueillis lors de la projection de Profanation au Club de l’Étoile, le 23 mars 2015.

EN BREF :

Wild Bunch mise beaucoup sur le « e-Cinéma », cette nouvelle façon de voir de nouveaux films chez soi, grâce aux plateformes de vidéo à la demande (VOD). Une belle prise de risque dans une industrie du cinéma frileuse, et qui a déjà fait une première fois ses preuves l’an dernier avec la sortie de Welcome to New York. L’objectif de Wild Bunch est clair : la société souhaite ouvrir une nouvelle voie de diffusion de films de cinéma, hors du circuit traditionnel de la sortie en salles, afin d’élargir l’accessibilité d’un long-métrage auprès de son public potentiel. Cette manoeuvre s’accompagne d’un second objectif, tout aussi légitime : permettre la diffusion en France de certains films étrangers que la plupart des sociétés de distribution ne prennent pas le risque d’acquérir, craignant une trop faible fréquentation des salles. Une très bonne initiative donc, dont on espère un succès futur qui fera taire les mauvaises langues. Sans avoir la prétention de « réinventer » la façon de voir des films, les équipes de Wild Bunch et Wild Side cherchent à innover intelligemment dans un secteur figé depuis trop longtemps. Et rien que ça, ça a le mérite d’être félicité !

Raphaël Séjourné

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