LOGAN : un film qui vit avec son temps

Teasé comme jamais, LOGAN aura réussi à nous pousser à courir en salles, pour y retrouver [a priori] pour la dernière fois sur grand écran le plus célèbre des mutants de l’univers Marvel.

Pourtant, la campagne de promotion du film était loin d’être grossière. Bien au contraire, Logan est la nouvelle preuve que le marketing outrancier – à coup de bandes annonces qui s’assimilent à de véritables courts métrages, et d’innombrables spots à en faire pâlir les chefs de produit de chez LECLERC– ne fonctionne pas forcément à tous les coups. En 2017, il faut décidément arrêter de prendre les spectateurs pour des cons (et au passage oublier qu’ils le sont), et réaliser une bonne fois pour toutes que tout ce qui est rare est précieux.

C’est un des quelques nouveaux aspects du cinéma grand public que la Fox (et en premier lieu sa grande patronne, Stacey Snider) comprend et maitrise de mieux en mieux. Grâce à une campagne promotionnelle maligne et discrète, le studio a réussi le pari fou de créer, pour la 7e fois consécutive, une très grande attente autour d’un personnage qui occupe pourtant nos salles obscures depuis maintenant 17 ans. Alors oui, c’est justement pour cette même raison que 90% du paysage cinématographique actuel se résume aux « franchises ». Rassembleur et fidélisant, le concept même de franchise est si simple qu’il a placé tous les studios hollywoodiens dans une zone de confort de laquelle il est très difficile de s’extirper. Mais le cas de Logan est différent.

En 2000, on découvrait Hugh Jackman dans le rôle de Wolverine

Motivés par la volonté dure comme fer de son réalisateur James Mangold (déjà à l’origine de Wolverine : le Combat de l’immortel) de donner enfin au mutant griffé la rétribution qui lui est due, les pontes de la Fox ont fini par lâcher du lest pour laisser au projet Logan une chance de voir le jour. Rassuré par le succès retentissant de Deadpool (2016), autre personnage issu de l’univers Marvel, et affublé lui aussi du statut « R-rated » (aux Etats-Unis, les films « R » sont interdits aux moins de 17 ans non accompagnés d’un adulte, ndlr) le studio a permis à James Mangold d’assumer son film jusqu’au bout.

Les temps ont changé…

C’est ainsi que nous, spectateurs, avons la chance de découvrir LOGAN au cinéma. Et quelle chance ! Si le film s’ouvre une fois de plus sur le célèbre logo blanc sur fond rouge, on comprend dès ses premières minutes qu’on se place ici très loin des standards classiques de l’univers cinématographique Marvel. Au placard les costumes en lycra, les répliques au cynisme millimétré, et les coupes de cheveux loufoques. Place désormais à la sombre et boueuse réalité d’un monde qui a changé, et qui ne fait plus franchement rire.

On y retrouve donc ce bon vieux Logan, une vingtaine d’années après les événements de X-Men l’affrontement final (2006). Le mutant, qui (sur)vit d’un petit boulot de chauffeur de limousine, n’est désormais plus que l’ombre de lui-même. L’époque héroïque des X-Men appartient au passé, et son meneur Charles Xavier a sombré dans la sénilité la plus totale. Ce dernier est, avec Logan, tout ce qu’il reste de ces jours révolus, que feu Professeur X ne cesse de ressasser au grand dam de celui qui se faisait autrefois appeler « Wolverine ». Pourtant, le destin des deux hommes est sur le point de prendre un tournant inattendu, incarné par l’arrivée soudaine d’une jeune mutante au passé aussi trouble que celui de Logan. C’est le point de départ d’une aventure qui va se dérouler façon road movie, à la poursuite d’un Eldorado inespéré mais dont la concrétisation pourrait s’avérer salvatrice pour nos trois protagonistes.

Sur la route…
…et le marché du cinéma aussi

Logan ouvre ainsi la porte vers un nouveau genre, celui du western moderne aux allures de film indépendant, marqué par des scènes d’action au rythme implacable et qui ne lésinent pas sur le gore. Un cocktail aussi jouissif qu’inattendu dans le monde tout « propret » des super-héros Marvel, et qui ne devrait pas tarder à faire jurisprudence. Les chiffres ont d’ailleurs déjà confirmé le succès retentissant de ce nouvel opus : le film encaisse aujourd’hui près de 450 millions de dollars de recettes à travers le monde, pour un budget de « seulement » 97 millions – se plaçant d’office comme l’un des plus gros succès de ce début d’année. C’était néanmoins sans compter l’arrivée dans la course du tout aussi attendu Kong: Skull Island, venu détrôner notre Wolverine dès son premier weekend d’exploitation. Signe que les blockbusters franchisés classiques ont encore de beaux jours devant eux.

Ce que l’on n’aurait jamais imaginé il y a encore quelques années est donc aujourd’hui en passe de devenir la nouvelle tendance, avec l’avènement de films de super-héros non seulement sombres (la trilogie Batman de Chris Nolan avait déjà ouvert cette voie, avec brio, il y a 12 ans), mais surtout résolument violents. C’est ce qui caractérise le dernier né de la saga X-Men, troisième essai de long centré sur Wolverine après le déplorable X-Men Origins (2009), et le plutôt réussi Le Combat de l’immortel (2013). Après tout, le personnage principal se balade avec 6 lames de couteau géantes à chaque main, alors forcément, quand il frappe, ça peut faire mal.

Tiens, du sang ! Grande première.
Un bémol ?

Au-delà de ce simple aspect visuel, Logan prend des risques et réussit à réinventer le genre, malgré une réalisation très, voire trop classique. Ce qui est foncièrement dommage, étant donné le nombre de plans qui auraient mérité que la caméra s’y attarde un peu plus. En emportant ses personnages dans des lieux jusqu’ici inexploités dans ce genre, le film étend l’espace mais ne fait pas assez durer ses temps de pause, trop brefs, entre deux scènes mouvementées.


EN BREF

Une chose est sûre, LOGAN marque l’avènement d’un temps nouveau pour le cinéma de genre. Ni film de super-héros classique, ni slasher gore de base, ni totalement film indépendant d’auteur, le dernier né de la saga X-Men ouvre clairement une nouvelle voie. De là à dire que c’est le premier film d’une longue série, cela reste à parier. Pour l’instant, on profite et on prend beaucoup de plaisir à mater et remater cet opus, qui apparaît comme un vent de fraîcheur dans le catalogue Marvel, balayant radicalement tous les codes du genre. On notera par ailleurs l’excellente prestation de la jeune actrice britannico-espagnole Dafne Keen, qui du haut de ses 12 ans (et quand elle n’est pas en images de synthèse) réussirait presque à voler la vedette à notre bon vieux Hugh.

Raphaël Sjn

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