[CRITIQUE] INDEPENDENCE DAY : RESURGENCE

« We’re gonna need a bigger boat. »
C’est ce que l’on s’était dits, tout sourire devant l’annonce d’une suite et les premières images de INDEPENDENCE DAY 2 – que 3 exec’ dans un bureau de Los Angeles ont trouvé bon d’appeler « RESURGENCE », car ça veut pas dire qu’on va refaire trait pour trait le film de 96 en y ajoutant plein de gros effets spéciaux qui tâchent. C’est pourtant bien le résultat obtenu à l’arrivée, pour le plus grand malheur des enfants du cinéma d’Emmerich, certes un tantinet kitch mais toujours plaisant à regarder.

Je vois d’ici venir toutes les phrases pré-mâchées du type « OH CA VA, CA FAIT LE JOB », « TU T’ATTENDAIS A QUOI AUSSI ? », ou encore « EUH… C’EST UN BLOCKBUSTER, ALLO ». Non. Non, ça ne fait pas « le job ». Non, ça n’est pas ce que j’attends d’un blockbuster. Et oui, j’en viens à regretter les années 90, cette époque où on se cassait encore un minimum le cul pour trouver des moyens ingénieux de filmer la catastrophe. Tout l’intérêt du premier Independence Day reposait justement sur l’utilisation à juste titre de la maquette et des practical effects, aujourd’hui devenus le pire cauchemar des pontes d’Hollywood. Et pourtant, l’attachement d’Emmerich aux effets numériques (numemmerich?) ne date pas d’hier quand on pense au Jour d’après ou au très mauvais 2012. Sauf que cette fois, comme tout bon junkie qui se respecte, notre ami a fait une belle overdose.

IndependenceDay2_trailer

Independence Day : Resurgence n’est en effet rien d’autre qu’un gros fracas numérique de mauvaise qualité, le tout enrobé dans un semblant de scénario foutraque qui ne trouve de sens que dans le placement, tels de vieux produits de supermarché placés en tête de gondole, des quelques personnages qui ont fait l’histoire du premier film. A tel point que l’introduction même de Resurgence repose sur l’une des scènes « iconiques » du film de 96, celle du discours du Président Whitmore devant une horde de bons gros Américains prêts à aller casser de l’alien pour protéger la mère patrie. Sauf qu’à l’époque, cette ringardise dans le propos était bizarrement bien plus assumée. Passée cette introduction qui n’a rien à envier à l’ouverture de Alien, la résurrection, (même pas son magnifique moustique de l’espace en CGI de 1997), ID2 fait l’étalage de ses références placées ça et là de manière grotesque (et si on foutait une 4×3 de Will Smith dans le lobby de la Maison Blanche ?), avant de (ré)introduire subtilement les personnages phares du premier volet : Jeff Goldblum qui paye ses impôts, Bill Pullman qui paye son repas chaud et, clou du spectacle, la réapparition de cet acteur inconnu mais que vous avez pourtant « déjà vu quelque part », dans le rôle du scientifique fou qui sort d’un coma pour reprendre du service. Une bien belle métaphore.

Sans titre

Devant ce triste constat, qui met encore plus mal à l’aise que le lifting de Carrie Fischer, on ne sourit plus. Même pas devant l’autre partie du casting, les « jeunes », qui semblent tous tout droit sortis d’un mauvais remake contemporain de Evil Dead. On comprend très vite pourquoi le petit frérot de Chris Hemsworth (Thor dans Avengers) n’accédera jamais à la notoriété de son aîné. Mais on comprend en revanche moins pour qui (ou pour quoi) a été écrit le personnage censé incarner le fils de feu Captain Steven Hiller (Will Smith), qui est à se demander si l’accident de son papa pendant un test de vol (ou comment ne pas payer le cachet exorbitant de Will Smith en 10 leçons, ndlr) n’était pas plutôt un suicide. Enfin je ne prendrais même pas la peine de citer les rôles féminins, reflet de la récente tendance « Hunger Games » qui, aussi importante soit-elle dans l’avenir des femmes au cinéma, commence à s’auto-parodier jusqu’à procurer l’effet inverse auprès des spectateurs : « Vous voulez que les rôles féminins soient aussi forts que ceux attribués au sexe opposé ? Collez-leur un costume de pilote de chasse ! »

En bref, il n’y a absolument RIEN à repêcher dans ce Independence Day 2 qui, alors qu’il redouble d’effets visuels pour marquer le fait que la menace extraterrestre est cette fois bien plus massive, perd paradoxalement tout le « gigantisme » qui nous avait accroché à nos sièges en ce mois de juillet 1996. Côté scénario, si le film démarre pourtant sur un postulat pas inintéressant (les événements de 96 ont permis à l’Humanité de se nourrir de la technologie alien et de faire un bond dans la science, renforçant ainsi les défenses terrestres et spatiales, ndlr), l’idée de base finit par se retourner contre elle-même puisqu’elle place les humains en position de force dès les premières minutes du film, dans le seul et unique but de justifier au sein de l’arc narratif le nouvel arsenal extraterrestre, qui vient par la suite déclencher ce vomi d’effets numériques purement et simplement hideux. Et pitié, qu’on ne vienne pas me parler de « belles images ».

RS

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